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emprise toxiques dependances affecrtives

Emprises toxiques et dépendances affectives

Quels visages pour l’emprise,en cas de dépendance relationnelle ?

Extrait du livre Yvonne Poncet-Bonissol - En collaboration avec Florence Trébaol



L’emprise. Elle ressemble à un rapace qui  d’un œil averti la proie offrant son anc pour se laisser grignoter. Elle ne frappe pas au hasard. Elle fait tomber ses filets, juste là où il faut, elle frappe juste.


C’est une main sur la gorge qui lentement se resserre. Et la personne en manque de reconnaissance offre sa gorge à l’autel du sacrifce : elle est dépassée par ce qui est plus fort qu’elle, et qu’elle ne maîtrise pas, dans sa relation à l’autre. Cela ressemble à de la dépendance affective.

Au commencement, la séduction opère avec un charme fou. Soudain se sentir reconnue, regardée, appréciée. Un éclat, un éclair de soleil, efin. L’emprise peut se décliner sous de multiples visages et peut agir aussi à distance, pour mettre sous le joug. Nous verrons qu’elle peut passer par la parole, celle qui se joue de la contradiction perfmanente, n’hésite pas à séduire pour mieux se reprendre, laissant la personne qui s’y prête un peu plus déstabilisée.


À ne plus savoir que penser, à croire sa propre faculté de jugement entamée, alors qu’elle ne l’est pas. D’une parole insidieuse comme un serpent froid à l’autre, entre deux sourires et mots enjôleurs qui l’encadrent, si l’on n’en prend pas conscience, c’est la raison tout entière qui peut basculer comme un oiseau noir qui tombe du toit. Oui, la parole toxique se faufile dans le cœur comme un poison qui fait son œuvre lentement : allusion, insinuation puis refus de l’admettre, quand la personne visée ose mettre le partenaire nocif face à ses contradictions. Manipulations verbales parfois dignes d’un personnage libertin tombé d’un roman du xviiie siècle.


Mettre sous emprise, c’est aussi se montrer tout-puissant, comme au-dessus des lois, et jouer la carte de l’inconstance, pour dérouter. C’est aussi agir dans l’ombre, dans une sorte de vie parallèle, ou encore à distance, en imprégnant les esprits d’une dose quotidienne de poison. En fait, quels que soient les moyens mis en œuvre, c’est le psychisme de l’autre qui est envahi, un peu comme un ouragan viendrait prendre toute la place dans le ciel. C’est un lent travail de dépeçage mental.


Ces différents  types d’emprise sont servis parfois par les outils renouvelés de la haute technologie.

La personne qui tombe dans les filets de la « dépendance affective », dans la relation amoureuse ou familiale, ne voit au départ que les bienfaits, en termes d’image lumineuse d’elle-même. Et elle redemande des compliments, apprécie les flatteries. En effet, le maître de l’emprise cache bien son jeu et sait tendre parfaitement ses lets. Et cela marche à merveille.


Le temps de placer sous dépendance. Ensuite, il peut faire la pluie et le beau temps, et inverser les fonctions, jouer les victimes. Art subtil de la manipulation à profil parfois pervers narcissique, qui sévit tant individuellement que dans l’histoire collective.


Nous verrons qu’un tel fonctionnement, avant que l’autre face noire du prestidigitateur ne se révèle, s’engouffre dans la faille narcissique de l’autre.



La personne captive ne peut en e et plus se passer de sa dose de poison délicieusement toxique.

Elle en redemande, elle l’attend. Sinon, elle découvre le manque, noir et abyssal. Certes, ce type de « dépendance affective » n’est pas lié au besoin d’une drogue, d’une substance, comme c’est le cas pour les addictions qui touchent à l’alcool ou aux drogues des « paradis artificiels » baudelairiens.

Cependant, la force extrême des sensations, l’impossibilité de maîtriser l’anxiété et la sou rance psychique déclenchées par le manque de contact avec le partenaire présentent quelque chose de maladif : la dépendance affective lacère et met en état de besoin à combler.


Nous cernerons les signes de reconnaissance de cet état qui entame l’être, créant une inexprimable souffrance psychique. Nous chercherons à comprendre ce qui déclenche cette dépendance affective, ses origines, sachant que nous ne sommes pas tous égaux dans ce domaine : certes, il n’y a pas de malédiction des Atrides en la matière, mais certainement des prédispositions. Évidemment, l’histoire familiale a son mot à dire : négligence éducative, ou encore surinvestissement qui débouche sur une incapacité à se sevrer, et qui fait qu’on en redemande, pour retrouver l’ivresse intérieure que cela procure. Et cela, quel que soit le prix à payer. C’est en cela que la dépendance affective présente quelque chose de problématique : la personne a conscience que sa santé, sa vie peuvent être entamées, mais elle est incapable de renoncer, et ses tentatives pour renoncer échouent.

C’est plus fort qu’elle... 


Nous élargirons ensuite le champ, après avoir réfléchi sur la dépendance 

affective amoureuse ou familiale. Nous nous pencherons sur les visages multiformes de cette affection des « temps modernes » 


Même si scientifiques en font l’objet d’un débat : nous distinguerons donc la « dépendance comportementale » de l’addiction à proprement parler et qui concernerait une drogue, une substance. Qu’est-ce qui peut mettre sous emprise et pourquoi y céder ? Adeptes du virtuel sans limitation, du jeu de tous les dangers qui met sur le fil, de la consommation tous azimuts ou du travail calmant l’angoisse souterraine, ou encore du sexe qui déstresse, devient un anxiolytique naturel. Les autres activités sont laissées en friche, ou parasitées. Autant de conduites qui enchaînent, car la préoccupation obsède, et la personne agit sans pouvoir s’en empêcher. Son anxiété la mène par le bout du nez, et c’est elle qui la fait agir : en fait, il s’agit de la calmer.


C’est alors l’engrenage de la dépendance, qui viendrait masquer une bonne vieille douleur ancienne mal ou pas cautérisée. Évidemment, on n’oubliera pas la préoccupation maladive pour la nourriture, en termes d’excès ou de restriction, ou l’addiction à l’alcool qui place sous emprise et crée l’état de manque au point qu’on y retourne, coûte que coûte. 


Alors, il faut bien un jour envisager d’en sortir. La santé est menacée, les relations avec les autres, au travail ou dans la vie privée, ont très triste mine. C’est parfois toute une vie qui vacille, tombe du l. La motivation peut être au départ d’éviter le pire. Il s’agit donc de se donner les moyens de sortir de cette prison invisible. Re- connaître qu’on est âme et mains liées dans une drôle de dépendance qui fait que quelqu’un ou quelque chose est planté au centre des pensées, de l’existence, au point d’en négliger tout le reste. L’admettre : c’est un premier pas, qui doit être suivi de la motivation à changer. 



Comprendre qu’on agit comme s’il s’agissait d’offrir son corps, son âme, son être tout entier, en sacrifice à l’autel d’un dieu exigeant. Mettre des mots dessus. Avoir ce courage-là. Pour apprendre, en étant  accompagné, à déplacer son centre d’intérêt, à marcher vers une forme de conversion.


Transformer, se transformer, en apprenant à vivre autrement, avec plus de distance, en faisant de la dépendance comportementale une chance de rebond. Comprendre pourquoi, mais aussi agir sur le terrain. Groupes d’entraide, thérapie cognitive et comportementale, psychothérapie analytique, mais aussi techniques de réappropriation du corps et des sensations – yoga, sophrologie, tai-chi, massages, etc. Apprendre à travailler, à s’alimenter, à consommer, à naviguer sur Internet, autrement. Apprendre à aimer, à remplacer la pulsion impétueuse pour des corps objets par le désir, et vivre une vraie relation avec la personne choisie, élargir le champ, jouir de ses projets et de leur réalisation.


Il faut partir à l’aventure de soi, pour découvrir des besoins vrais, et ne plus se contenter, dans un sauve-qui-peut, d’échapper à la vilaine bête de l’anxiété par une conduite assujettie qui masque un problème enfoui. La dépendance affective et comportementale, c’est un peu le tonneau des Danaïdes. C’est sans fin. Ne plus subir, ni se contenter de survivre comme Prométhée enchaîné et sacrifier tant de choses de sa vie ainsi rétrécie.


C’est possible, c’est un travail, c’est un chemin. Cheminer vers la libération comme on a cheminé vers la dépendance, pour que s’ouvrent en grand les portes vers le mieux-être, vers une vie choisie et non plus téléguidée. 


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